UNE FAUSSE CROYANCE QUI A LA VIE DURE !!!
Martine Roux, d’après un article Vidal du 22 juillet 2025 et une publication de l’ANSEM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé) du 16 juillet 2025
L’IODE ET LA THYROÏDE
• L’iode est un atome (symbole « I »), un oligo-élément naturel.(Oligo car il existe à l’état de traces dans le corps, comme les enzymes ou les hormones).
• L’organisme ne sait pas le fabriquer. Pourtant il est indispensable à la vie puisque la glande thyroïde capte l’iode pour synthétiser les hormones thyroïdiennes (sans lesquelles on meurt).
T3 (triiodothyronine) et T4 (tétraiodothyronine ou thyroxine) régulent le métabolisme (donc l’énergie), la température du corps, la fonctioncardiaque, le développement du système nerveux et la croissance cellulaire.
• L’iode est présent dans l’écorce terrestre et les fonds marins.
• On en consomme quotidiennement par l’alimentation :
– les poissons, les crustacés, les algues marines (ces dernières en sont très riches)
– le lait, le jaune d’œuf, le sel de cuisine (qui peut être enrichi en iode), les légumes secs.
• Une carence en iode entraîne un défaut de synthèse des hormones thyroïdiennes qui circulent dans le sang. Il en résulte une stimulation de la production de TSH (thyréo stimuline hormone) par l’hypophyse, d’où une augmentation de volume de la thyroïde : le goitre.
Autrefois, dans certaines régions montagneuses pauvres en iode, on parlait de ʺcrétins goitreuxʺ qui avaient des troubles mentaux, un retard staturo-pondéral et un goitre. Le goitre peut être associé à une hypo ou une hyperthyroïdie.
Après ce rappel, il est aisé de comprendre que :
IL N’EST PAS POSSIBLE D’ÊTRE ALLERGIQUE À UN ÉLÉMENT VITAL !!!
PROPRIÉTÉS ET APPLICATIONS DE L’IODE
• En médecine
– Les produits de contraste iodés (PCI) :
L’iode, en bloquant les rayons X, accentue la différence de contraste entre les tissus, (par rapport à une radiographie simple). Les anomalies sont donc visualisées, par exemple une tumeur lors d’un scanner injecté.
Le PCI permet aussi de visualiser les vaisseaux, par exemple les artères coronaires lors d’une coronarographie avec pose de stent pour infarctus du cœur.
– L’iode est un puissant antiseptique : bactéricide et fongicide (dans la bétadine, l’iode est combinée à la povidone pour éviter une irritation lors de son application).
– Les médicaments : l’iode radioactif, l’amiodarone …
– Les compléments alimentaires
• Dans l’industrie, l’iode sert à la fabrication de
– films, papiers photographiques
– certains composés électroniques
PRODUITS IODÉS ET RÉACTIONS ALLERGIQUES• Une réaction allergique est une réponse inadaptée du système immunitaire à une ou plusieurs substances habituellement inoffensives : les allergènes. Ils sont présents dans l’air (comme le pollen qui peut provoquer une difficulté à respirer, voire un asthme), les aliments (par exemple l’arachide de la cacahuète), les médicaments (par exemple antibiotiques), les venins d’insectes …
Trois produits iodés Allergène causant la réaction allergique :
Bétadine Povidone (pas l’iode)
Produits de contraste iodés La molécule elle-même (pas l’iode)
Produits de la mer : les protéines des muscles (pas l’iode)
La povidone est la molécule porteuse d’iode.
Pour les PCI, c’est l’osmolarité du produit qui est en cause.
Pour les poissons, crustacés et mollusques, ce sont les protéines de leurs muscles qui sont responsables.
L’iode n’est pas responsable de la réaction allergique !!!
• La fausse croyance d’allergie à l’iode peut priver un patient d’une injection de PCI, donc retarder sa prise en charge.
Par exemple, un patient admis en urgence pour un infarctus du myocarde et dont le dossier mentionne une allergie à un PCI, lequel n’est pas précisé. Le pronostic vital du patient est engagé. Que fait le cardiologue qui doit réaliser une coronarographie, donc injecter un PCI ?
De même, on évite inutilement un anti-septique iodé, en utilisant un anti-septique moins efficace, qui expose le patient à un risque d’infection.
À l’inverse, on peut imposer au patient une ʺpréparation anti-allergiqueʺ abusive, qui associe un corticoïde et un antihistaminique. Par exemple, avant un scanner ou une IRM avec injection chez un patient étiqueté ʺallergique aux crevettesʺ.
PRINCIPAUX TYPES DE RÉACTIONS ALLERGIQUES
• En fonction du délai d’apparition :
– une réaction immédiate (ou d’hypersensibilité immédiate : HSI) apparaît quelques minutes à 1 heure après l’exposition
– une réaction retardée (ou d’hypersensibilité retardée : HSR) apparaît quelques heures à quelques jours après l’exposition.
• En fonction du degré de gravité :
– une réaction minime peut être cutanée (rougeurs, démangeaisons), digestive (nausées, vomissements), ou respiratoire (dyspnée)
– une réaction grave se manifeste par un œdème de Quincke (ou angio-œdème), avec un gonflement rapide de la peau et des muqueuses au niveau de la tête et du cou : paupières, lèvres, langue, pharynx. Si l’œdème atteint le larynx, il y a un risque d’étouffement.
Le syndrome de Stevens Johnson et le syndrome de Lyell sont deux formes du même trouble cutané associé à des signes généraux tels Œdème de Quincke
chez un enfant de 5 ans ou tel que fièvre, fatigue, douleurs diffuses.
Des cloques apparaissent sur la peau et les muqueuses. La peau desquame, atteignant moins de 10% de la surface corporelle pour le Stevens Johnson, plus de 30% pour le Lyell, nécessitant une hospitalisation du patient en soins intensifs ou en unité de grands brûlés.
– la réaction peut être mortelle en l’absence d’adrénaline : c’est le choc anaphylactique.
L’allergène provoque la libération massive d’histamine par les mastocytes, cellules du système immunitaire présentes dans les tissus. L’histamine dilate les vaisseaux, d’où une chute brutale de la pression artérielle pouvant aller jusqu’à l’arrêt circulatoire.
L’histamine contracte les bronches, d’où un spasme bronchique qui peut conduire à l’arrêt respiratoire.
L’adrénaline, disponible en stylo auto-injecteur, diminue la vasodilatation (la pression artérielle remonte), elle stimule le cœur et dilate les bronches. L’injection (qui sauve le patient), peut être faite à travers un vêtement, par exemple au niveau de la cuisse.
Plus la réaction est rapide, plus elle risque d’être grave. Mais les réactions très graves sont très rares.
RÉACTIONS ALLERGIQUES AUX PCI
Ces réactions font toujours l’objet de déclarations de pharmacovigilance. Le plus souvent elles sont non graves et retardées : elles apparaissent quelques heures à quelques jours après l’injection et se limitent à des rougeurs et des démangeaisons, parfois une discrète dyspnée. Il est utile de prendre une photo des lésions cutanées. Elles disparaissent rapidement, ou bien en une à plusieurs semaines.
Très rarement, la réaction peut être très grave et conduire au décès.
Les produits de contraste iodés actuels ont une faible osmolarité. De ce fait, les réactions allergiques sont moins fréquentes et moins graves qu’autrefois.
L’ANSM a publié des recommandations afin de prévenir ces réactions retardées :
– s’assurer que l’examen est nécessaire au diagnostic et / ou à la prise en charge du patient
– être sûr qu’aucune autre technique sans injection de PCI n’est possible
– noter si le patient a des antécédents de réaction à un PCI et l’informer du risque retardé
– pendant l’examen, tracer le PCI utilisé
– si le patient a une réaction après utilisation d’un PCI, il faut prévoir un bilan allergologique à postériori. Les différentes classes de PCI seront testées pour identifier la molécule responsable. Une carte sera remise au patient, indiquant la liste de ceux contre-indiqués et ceux sans risque.
EN CONCLUSION
L’ALLERGIE (OU L’INTOLÉRANCE) À L’IODE, CA N’EXISTE PAS !!!
Il ne faut plus demander à un patient ʺêtes-vous allergique ou intolérant à l’iode ?ʺ, mais plutôt : ʺavez-vous déjà présenté une réaction
– avec un désinfectant comme la bétadine ?
– ou lors d’un examen radiologique avec une injection intraveineuse ?
– ou en mangeant un produit de la mer ?
Il faut bien expliquer au patient qu’il n’y a pas d’allergie croisée entre les produits : ce n’est pas parce qu’on est allergique aux huîtres qu’on va développer une allergie à la bétadine ou à un PCI.
Très rarement, on peut être allergique à plusieurs produits, mais indépendamment, puisque chaque allergène est différent.
RETENIR :
BÉTADINE : POVIDONE
PCI : LA MOLÉCULE ELLE-MÊME
PRODUITS DE LA MER : LEURS MUSCLES
IL FAUT PASSER L’INFO AUTOUR DE NOUS !
